Examens finis (et je pens réussis), vacances qui commencent, c'est l'heure des bilans. Bientôt deux ans de Chine. Quand je regarde en arrière, que vois-je ? Beaucoup, beaucoup de chemin.
Je vais essayer de répondre à une question que tout le monde me pose : "comment as tu fait pour changer de vie?".
Il y a deux ans, je ne parlais pas un mot de chinois, j'avais un diplôme prestigieux et un travail prometteur, une vie bien reglée et des amis extraordinaires. J'ai tout quitté,pris ma petite valise et ai débarqué dans un univers impitoyablement étranger. L'apprentisage a été, et continue d'être, ma tâche quotidienne. La langue, la culture, la médecine, une vie entière ne suffirait pas à les maitriser. Ce nouveau monde m'entarte violemment sa dose journalière d'humilité, de patience et de lâcher prise. Je sais maintenant de quoi on parle quand on dit "choc culturel" et aussi "contre choc culturel". Je suis devenue sans domicile fixe, ma maison n'est plus la France mais ce n'est pas non plus la Chine. Je suis un peu des deux.
Dire que je m'adapte est un bien grand mot, mais je peux être fière de ce que j'ai fait. Je suis des cours à l'université de médecine chinoise, en chinois, moi qui n'ai jamais appris ni la langue ni la science. Et j'aime ça, passionnément. C'est ça qui me fait tenir, loin, très loin de ma zone de confort. Loin aussi de mes attentes et de mes idéaux.
Car je crois qu'un des pièges du "changement de vie" consiste à suivre un rêve. J'essaye quant à moi de suivre une vérité, une évidence. La toute première fois que j'ai posé le pied en Chine il y a deux ans et demi, dans un hôpital crasseux plein à craquer de patients pressés et de médecins débordés, j'ai su. J'ai juste su que c'était là ma place. Celà s'est imposé à moi, même si ce que je voyais ne me charmait pas les yeux ou aucun autre sens. J'ai vu et j'ai su. Après celà, tout a été de source. Non pas que tout lâcher pour l'inconnu soit simple. Non pas que tout soit toujours plus vert dans le jardin du voisin.
C'est juste que les difficultés de ma route, et croyez moi elles sont nombreuses, sont vraies. Elles sont réelles. Je les ai choisies. Je ne subis pas, tout sonne juste. Ces batailles du quotidien ne sont que quelques grains de sable. Je n'ai pas trouvé ma maison, mais j'ai trouvé mon centre, mon axe. Je ne souhaiterais pour rien au monde revenir en arrière ou changer de voie. Je suis là où je dois être et celà m'apporte une paix intérieure incroyable.
Aujourd'hui si je me sens souvent perdue, je me suis surtout retrouvée. Si "vivre" en Chine est pour moi difficile, "être" en Chine est une évidence.
